Author : Touitou David
 
A. Habitat, Rareté et répartition

Taille moyennes locales : 35 mm à 50 mm

Conus regius, espèce de la zone caraïbe, est classée parmi les espèces communes à peu communes suivant les localités. Malgré cette fréquence, il n'est pas toujours facile de la récolter si l'on ne connait pas parfaitement son habitat.

C. regius vit habituellement à des profondeurs comprises entre 0.5 et 30 mètres. Il peut s'enfouir complètement dans le sable, à l'abri ou non d'une roche ou d'un morceau de corail mort; mais en général il préfère se cacher, faiblement ensablé, à la base des gros rochers dans les zones d'ombres générées par ces derniers. C'est une espèce que l'on peut rencontrer en train de chasser de jour comme de nuit.

Même si j'ai pu trouver quelques spécimens morts (très abîmés et de petite taille) du côté Atlantique, il semble
que C. regius préfère le calme de la côte caraïbe. Le long de cette dernière il est représenté de l'extrême Nord à l'extrême Sud de l'île. On trouve des populations de C. regius "citrinus" également du Nord au Sud, mélangées ou non aux C. regius "classiques".

B. Habitudes alimentaires

Conus regius se nourrit principalement de vers marins comme le très commun Hermodice carunculata (actif le jour également) appelé localement "vers de feu" dont les soies sont extrêmement urticantes pour nous autres Homo sapiens...

Bien que C. regius ait besoin de tuer sa proie (comme tous les cônes en général), il peut aussi dévorer un vers fraîchement harponné par un congénère. J'ai même pu observer dans mon aquarium, deux spécimens se partager le même vers (cf. photo). Par contre il ne semble absolument pas intéressé par les vers morts. On peut donc en conclure que C. regius ne se nourrit que de vers marins vivants.

C. regius possède sûrement des récepteurs dans son siphon très spécialisés et très sensibles. En effet, dans mon aquarium, les C. regius au repos restent posés sur le fond de l'aquarium, le siphon à peine visible.
Dès lors que j'introduis délicatement des vers en surface, le siphon se dresse et donne la sensation que le cône "hume" l'eau environnante. Ensuite le cône se redresse sur son pied et commence à avancer lentement. Lorsqu'une proie s'aventure près du cône, il tend son long proboscis et harponne sa proie. Bien que l'on ne puisse pas voir le harpon lui-même, on le devine car le proboscis s'allonge, puis se tend et on aperçoit alors la zone d'impact car la partie du vers atteinte forme une sorte de dépression instantanée comme si le cône se tordait "de douleur" (sûrement un réflexe médullaire). C'est assez impressionnant. Le vers semble ralentir sa course et finit paralysé non loin du lieu de l'attaque. Parfois, la dose de venin ne semble pas suffisante et le cône lance alors une deuxième attaque.
Lorsqu'un vers passe devant plusieurs cônes, il peut arriver qu'il reçoive plusieurs attaques émanant de cônes différents et les impacts sont une fois de plus facilement visibles par les multiples torsions du vers.

Le cône dévore sa proie par une des extrémités, dans le sens de la longueur uniquement. Cela peut prendre jusqu'à 12h à un C. regius pour engloutir un vers assez long. Le proboscis est très dilaté tout au long de la digestion et il arrive que le cône semble se satisfaire de la quantité ingérée et abandonne ainsi une partie de sa proie. Ce reliquat
ne sera jamais touché par un autre cône comme expliqué plus haut.

Je n'ai jamais observé un cône en attaquer un autre. Par contre, lors d'une "partie de chasse collective", après une introduction massive de vers marins dans mon aquarium, un gros spécimen de C. regius a étendu son proboscis en direction de son voisin qui "semblait inquiété" par un tel manège, son proboscis, ses antennes et ses yeux fixaient
le proboscis avec "insistance" (cf. photo) et ce pendant de longues secondes...


C. Variations rencontrées à la Martinique

D'après les informations que j'ai pu rassembler auprès de nombreux collectionneurs, et grace à mes différents voyages dans la zone caraïbe, il semble que ce soit à la Martinique que l'on rencontre le plus de variations chez cette espèce.

Je pense que l'on peut distinguer cinq principales variations :

- la variation classique brune & blanche
- la variation foncée (rattachée à la forme classique)
- la variation claire (rattachée à la forme classique)
- la variation jaune appelée "citrinus"
- la variation orange-marron (rattachée à la var. "citrinus")

Bien évidemment, on trouve tous les intermédiaires possibles entre ces cinq groupes et parfois on obtient des dessins et des coloris magnifiques et originaux.

Liste des principales couleurs pouvant être présentes sur le test :
Blanc / Noir / Marron / Bleu / Violet / Rose / Jaune / Orange

C.1 Une seule espèce à la Martinique confirmée

Bien que les coquilles aient des aspects très différents, l'animal quant à lui, reste identique. Il est de couleur rouge piqueté de blanc et ce uniformément. Seul le proboscis est rouge pur sans tâches blanches. Ceci permet déjà de penser que nous sommes en présence d'une seule espèce.

Pour confirmer ce que la majorité des malacologues pensaient, j'ai envoyé au chercheur Tom Dudda (qui travaillait alors au Panama, actuellement il travaille avec le Dr. Khon sur le deuxième tome du "Living Conidae") plusieurs échantillons représentant les différentes variations rencontrées à la Martinique (en plus d'autres espèces telle que Conus boui Da motta, 1988 variation rouge et variation jaune).

Ses travaux basés sur une analyse poussée de l'ADN des spécimens lui avaient permis de conclure qu'il n'y avait pas de séparation entre C. regius et C. regius "citrinus" ou toute autre variation locale. Un éclaircissement bien salutaire pour nous...

Mais selon Tom Dudda il semblerait qu'il y ait des populations génétiquement différentes d'une zone à l'autre de la caraïbe.

C.2 Explication possible de cette énorme variation de couleur

Mais alors comment cette espèce peut-elle varier autant ? Je vous propose ici une explication personnelle mais que je n'ai pu vérifier.

Comme expliqué plus haut, Conus regius se nourrit essentiellement du vers marin Hermodice carunculata. Hors cette espèce de vers marin peut à la Martinique revêtir trois couleurs très différentes, on rencontre ainsi des spécimens
de couleur verte, orange ou marron (il n'y a jamais de mélange de couleurs sur un même individu). Hors, souvent on rencontre ces différentes variations regroupées, même si elles sont parfois mélangées. Ainsi j'ai pu observer des zones à vers oranges et ainsi de suite. C'est un peu le même constat chez C. regius. Il y a clairement des zones à C. regius "citrinus" et d'autres qui possèdent les deux variations.

Cette théorie m'est venue à l'esprit après mon passage à la Martinique et je n'ai donc pas pu vérifier in situ la corrélation entre les variations de couleur des vers et les variations de couleur de C. regius, ni pu étudier le phénomène en aquarium.

Il serait bon, sur une période d'une ou plusieurs années, de mettre des spécimens de C. regius "citrinus" par exemple, en contact avec uniquement des vers des trois couleurs dans trois aquariums séparés et d'étudier un éventuelle variation dans la couleur et les motifs du test au cours du temps. On pourrait alors se baser sur le fait que les pigments synthétisés par les vers de feu ne sont pas éliminés, ni détruits par C. regius lors de la digestion, et sont alors
concentrés dans la coquille uniquement (l'animal ne varie jamais).

Si l'on accepte ce fait, il faudrait alors vérifier la couleur des vers qui correspond à la couleur du test de C. regius. Il ne faut pas associer sans étude, la couleur jaune-orangée propre à C. regius "citrinus" aux vers de couleur orange et marrons car les pigments issus des vers pourraient être transformés lors de la digestion et ainsi changer de couleur lors de leur fixation chez le cône.

C.3 Les différentes variations

C.3.a La variation classique et celles qui lui sont rattachées

C'est la plus commune de toutes. Les couleurs dominantes sont le blanc, le marron ou le noir. On trouve en moyenne 50% de chacun des coloris, le blanc peut atteindre 75% du test et les plages sombres sont alors beaucoup moins importante.

Lorsque le blanc dépasse 75% de la totalité de la surface du test, on se retrouve alors avec la variation la plus rare :

Lorsque le blanc descend au-dessous de 25%, on a alors la très belle variation foncée :

Parfois certains spécimens atypiques, peuvent porter des coloris en plus du blanc et du marron-noir. On a ainsi des spécimens remarquablement beaux avec des mélanges étonnants. D'autres peuvent devenir roses.
C'est là que les variations de motifs et de couleurs sont les plus variables.

On peut tout de même noter que la couleur rose et la couleur violette, sont souvent dominantes chez les specimens juvéniles et sub-adultes. Ces deux couleurs s'estompent rapidement malheureusement pour ne laisser qu'une teinte rosée discrète.

C.3.b La variation jaune dite "citrinus" et celles qui lui sont rattachées

On retrouve ici aussi un mélange complexe de variations. On a la forme typique jaune clair unie sans motifs qui, parfois peut avoir des traces blanches ou marron sous forme de lacunes ou plus fréquemment de lignes sombres . Parfois des taches sombres persistent.

On peut déjà rattacher à cette forme claire, deux autres variations plus rares :
la belle et rare variation orangeet la variation marron-orangée très originale qui semble être endémique d'une zone très restreinte de l'île.

On peut ensuite lui rattacher les spécimens dont la couleur n'est pas unie. On se trouve alors avec des tests possédant plusieurs couleurs comme le jaune, l'orange et le rose le tout donnant un aspect jaunâtre général.

En dernier on peut remarquer des "bâtards" qui sont mi-regius "citrinus" et mi-regius "classique" et forment le lien entre les deux grands groupes.

C.3.c Les inclassables

Parfois, on peut rencontrer une forme très rare, sûrement une des plus belles à mon goût, que je ne peut classer dans l'une ou l'autre des catégories. La spire est faiblement couronnée, le test est légèrement granuleux et la couleur
est presque indéfinissable. On peut distinguer un mélange subtil entre le violet, le bleu, l'orange et le jaune. Ce sont des spécimens que l'on ne trouve qu'à un seul endroit de la Martinique à ma connaissance parmi la colonie de C. regius "citrinus" de couleur marron-orangé citée plus haut.

D. Conclusion

J'espère que ce petit tour d'horizon, vous aura permis d'apprécier cette espèce à sa juste valeur et surtout d'avoir une bonne vision d'ensemble de ses variations. Mais comme toujours, il est fort possible que d'autres variations puissent exister à la Martinqiue comme dans d'autres parties de la zone caraïbe.

E. Remerciements

Je tiens ici à remercier les collectionneurs de la Martinique pour leur accueil chaleureux durant mes 18 mois de séjour sur cette île merveilleuse et plus particulièrement à M. Léo Louis, M. Pierre Clovel et M. Mickaël Tosato.
Merci également à M. Serge Rolland de Nouvelle-Calédonie pour ses corrections orthographiques et grammaticales.

F. Ouverture du Musée du Coquillage à la Martinique

J'en profite également pour vous rappeler (ou vous apprendre) qu'il existe dorénavant un vrai Musée du coquillage à la Martinique ouvert assez récemment par le jeune et sympathique Mickaël Tosato. Il présente au sein de l'hôtel familial l'Ecrin Bleu les familles représentées à la Martinique mais aussi du monde entier. Si vous passez par
l'île aux fleurs, n'hésitez pas à lui rendre visite. L'hôtel se situe en hauteur dans la baie du Diamant. Demander Mickaël.