2015 : Voyage aux Seychelles
Ou la malédiction du passeport

Author : David Touitou

First published in XENOPHORA journal n°153 (Jan-Feb-March 2016)
Images have been extracted from GoProHero 4 Silver Films (lower quality)


Préambule

Cette année, il nous est arrivé une tuile comme on dit... Nous avons réservé en ligne notre voyage en renseignant les dates d’expiration des passeports plusieurs mois à l’avance. Au retour nous avions prévu un stop de 3 jours à Dubaï et réservé l’hôtel (non modifiable et non remboursable). Nous avons appris le matin du départ, lors d’un souci d’enregistrement en ligne, qu’il fallait un délai supplémentaire d’au moins trois mois entre la date du séjour aux Emirats Arabes Unis et la fin de validité de nos passeports... hors, celui de notre fils aîné n’avait que 2 mois et demi de délai ! Vous imaginez le stress le jour J ! Heureusement que pour les Seychelles il suffit d’avoir un passeport en cours de validité... Modification des billets in extremis avec surcoût bien sûr ! Nous avons appris que certains pays exigent parfois des délais d’au moins 6 mois ! A bon entendeur...


Introduction

Nicole et moi nous intéressons essentiellement aux cônes, porcelaines, murex et olives. Nous avons déjà rencontré la majeure partie des espèces de CONIDAE et de CYPRAEIDAE seychellois lors de nos précédents voyages. La recherche des coquillages rares n’est pas chose aisée. Il faut faire beaucoup d’apnée entre 2 et 10 m de fond. C’est très éprouvant physiquement.

Quelques espèces ne se rencontrent qu’en plongée sous-marine (cette année je ne plongerai pas). Même si certaines espèces n’ont pas ou peu de valeur marchande, elles restent très difficiles à trouver. J’insiste sur le fait que la valeur pécuniaire d’un coquillage ne reflète en rien sa rareté au niveau mondial et encore moins pays par pays. La sur-collecte aux Philippines depuis tant d’années masque otalement la véritable valeur des coquillages. Par exemple, aux Seychelles, il est très difficile de récolter une porcelaine mappa ou argus et tout aussi ardu de tomber sur Conus omaria. Pourtant ces espèces n’ont pas ou peu de valeur sur le marché. D’ailleurs, on les trouve par milliers dans les curios du monde entier (c’est dire le massacre qui perdure aux Philippines). En tout cas pour trouver une espèce rare ici, il faut se lever de bonne heure comme on dit ! Afin d’éviter une redondance dans la narration des espèces communes croisées quotidiennement, j’ai décidé de ne vous présenter que les quelques temps forts conchyliologiques de ce voyage familial. Cela étant, je vous donne la liste des espèces de CONIDAE & CYPRAEIDAE que nous avons croisés lors de ce périple. J’ai choisi par commodité d’utiliser comme nom de genre Conus et Cypraea et de ne pas citer l’auteur (d’autant plus que ce n’est pas un récit scientifique). Un (d) est ajouté lorsque l’espèce a été croisée morte.

CONIDAE

C. arenatus, C. aristophanes, C. aulicus (d), C. canonicus, C. capitaneus (d), Conus catus, C.chaldeus, C. coronatus, C. distans, C. ebraeus (et/ou C. judaeus), C. episcopatus, C. flavidus, C. frigidus, C. geographus (d), C. gubernator f. leehmani, C. imperialis f. fuscatus (ou C. fuscatus), C. leopardus, C. lithoglyphus (d), C. litteratus, C. lividus, C. maldivus, C. miliaris, C. miles, C. moreleti, C. namocanus, C. nanus, C. nussatella, C. omaria, C. parvatus, C. rattus, C. sanguinolentus, C. sponsalis, C. tessulatus, C. tulipa (d), C. varius, C. vexillum, C. violaceus (d), C. virgo.

CYPRAEIDAE

Cypraea annulus, C. argus (d), C. asellus (d), C. caputserpentis, C. carneola, C. caurica, C. cicercula (d), C. diliculum (d), C. erosa, C. fimbriata, C. globulus (d), C. helvola, C. hirundo francisca (d) , C. histrio, C. isabella, C. lynx, C. mauritiana (d), C. moneta, C. scurra (d), C. staphylaea (d), C. talpa (d), C. teres (d), C. tigris, C. vitellus (d).


LE VOYAGE

Nous nous sommes envolés pour les Seychelles en famille lors des congés d’octobre 2015, après un départ plutôt stressant vous l’imaginez aisément. Aux Seychelles, nous avons la chance de bien connaître l’île granitique de Praslin, sur laquelle nous avons séjourné plusieurs fois. Nous sommes accueillis par un temps pluvieux installé depuis des mois ! Malgré le vent et la pluie omniprésente, nous profitons tout de même de la mer. Nous allons plusieurs fois visiter la mythique Anse Lazio et arpentons la côte rocheuse de gauche avec prudence. En effet, nous gardons en mémoire la double tragédie qui frappa ce paradis il y a quelques années. Nous y trouverons quelques porcelaines communes fraîchement mortes. C’est toujours ça de pris ! Anse Boudin est toujours aussi jolie, même si elle a été annexée de force par un hôtel depuis plusieurs années (Raffle Hotel). Au moins elle reste accessible, ce qui n’est pas toujours le cas ici comme ailleurs. Là aussi nous collectons dans les rochers granitiques quelques jolies porcelaines récemment mortes (C. histrio, C. caputserpentis, C. carneola) que les nombreux nageurs quotidiens n’ont pas remarquées bien trop émerveillés par les milliers de poissons colorés qui vont et viennent. J’en profite pour filmer avec notre caméra GoPro 4 de bien jolies Cypraea tigris cachées entre les roches.


Cypraea tigris

Quelques jours plus tard, notre prospection dans un lagon livrera un joli Conus striatellus à demi ensablé. Cette espèce est assez rare aux Seychelles. Trois autres individus seront récoltés morts plus tard dont deux dans le même lagon. Nous tentons la méthode de Serge Rolland (1) pour appâter les olives près du bord. De nombreux petits NASSARIDAE véloces sortent instantanément du sable dès que l’appât est déposé sur le fond. C’est magique. Puis des ondulations du sable à proximité du poisson mort attirent mon attention : deux spécimens de la commune Oliva caerulea sont découverts (5 minutes après le début de l’opération). Le “D.C.O.” fonctionne ! Nous visiterons aussi l’Anse Matelot et l’Anse à Blague. J’ai remarqué que ces deux plages, assez proches l’une de l’autre, hébergent dans leur lagon des populations de Conus aristophanes. Je n’y ai pas vu un seul Conus coronatus. Certaines spécimens étaient magnifiques avec des « flammules » blanches sur fond bleu pâle. Plusieurs spécimens étaient proches de leur ponte.




Déjà le 22 octobre, nous voilà partis explorer deux îles voisines. J’ai la chance de découvrir un Conus omaria dans 5 à 7 m de fond, sous une plaque de corail mort de taille moyenne. Juste avant de remonter sur le bateau ! Cette espèce est rare et c’est donc un bonheur de la croiser. De plus c’est la première fois que je la rencontre aux Seychelles en apnée ! Localement C. omaria n’a pas du tout la spire allongée comme c’est le cas de la forme convolutus. Les spécimens seychellois se rapprochent plutôt de la forme patonganus. Ensuite c’est une magnifique porcelaine scurra «fresh dead» et «golden» qui sera récoltée.



Conus omaria 

La sortie du 23 sera très intéressante. Avec Nicole nous luttons deux heures et demie face au courant violent d’un lagon, où alternent zones détritiques et herbiers dans 1 à 2 m d’eau. Nicole trouve tout d’abord un Conus maldivus (espèce peu fréquente aux Seychelles), la lèvre est cassée net sur une moitié et le dos porte les stigmates d’un combat récent. Pas de bol. Elle aura la chance d’en dénicher un deuxième (décidemment...) enfoui dans le sable d’où seule la spire dépassait ! En arrivant près du bateau un «dos» orange attire son attention en bord de plage... je la vois plonger et tenir dans sa main un gros cône de teinte orangée avec des « flammules » noires ! C’est un Conus gubernator f. leehmani. Incroyable ! Je n’avais jamais croisé l’espèce dans ce lagon ! Une de mes espèces fétiches. Décidemment il faut vraiment scruter les alentours du point d’ancrage du bateau !


Conus gubernator f. leehmani

Ce jour-là en essayant d’appâter les olives avec des morceaux de poissons posés sur le sable, à la “manière Serge Rolland»,une seule olive viendra... encore l’espèce Oliva caerulea; notre GoPro se détachera de son manche, heureusement je m’en aperçois assez rapidement et Nicole finit par la localiser dans une eau trouble à souhait ! Quelle journée ! Pour ma part, je ne croiserai aucune rareté. Nicole: 2-0. Près du récif barrière nous nagerons avec une tortue peu farouche, deux requins dormeurs, un énorme mérou et un gros perroquet à bosse. Le lendemain nous sortons à nouveau avec les enfants en bateau. Le temps est orageux et nous décidons d’explorer le lagon de la veille, gubernator en mémoire. Une fois n’est pas coutume, c’est en revenant vers notre embarcation que j’ai la chance de trouver un superbe Conus striatellus de belle taille. Il me fait penser à la forme «chenui» (Conus ferrugineus f. chenui) que j’ai rencontrée en Nouvelle-Calédonie avec Serge. La pluie n’aura cessé de la journée et nous rentrons lessivés... Ce dimanche, nous profiterons aussi de la marée basse de 9H20 pour parcourir la plage de Côte d’Or et fouiller la laisse de mer, souvent riche, notamment en petits Nassarius coronatus dont on fait de jolis bocaux de décoration. Moana aura la chance de trouver une superbe porcelaine en bon état : Cypraea diliculum. C’est une espèce peu fréquente aux Seychelles. Nous trouvons aussi deux Cypraea hirundo francisca mais déjà bien roulées... Aucune découverte particulière ne sera faite jusqu’à la veille du départ.




Avec Nicole nous sortons en bateau pour visiter quelques spots où par le passé j’ai eu la chance de croiser Conus aulicus et Conus pennaceus. Mais ces deux endroits sont trop troubles : l’eau est verdâtre avec une odeur assez forte ! Visibilité : un mètre... Apparemment des couches géantes d’algues (phytoplancton?) parcourent les îles en ce moment et rendent la baignade pratiquement impossible dans pas mal d’endroits. On leur attribue aussi la mort (dont l’origine n’est toujours pas connue à l’heure où j’écris ces lignes) de centaines de poissons, échoués sur certaines plages ou gisant sur le fond. Par prudence la consommation de certains poissons frais est déconseillée ! Un comble aux Seychelles. Des prélèvements ont été réalisés et envoyés sur l’île de la Réunion pour analyses.



Nous nous rabattons sur le lagon dans lequel nous avons eu la chance de croiser C. striatellus, C. gubernator et C. maldivus. L’eau était limpide et pour une fois le courant absent. Nous avons visité une partie du récif que nous n’avions jamais testée ; sans succès, puis nous avons fouillé des «fonds blancs» avec le désir de trouver de nouvelles espèces d’olives. Lors de mes précédents voyages aux Seychelles, je n’ai rencontré que : Oliva caerulea, Oliva annulata, Oliva annulata mantichora et Oliva paxillus (selon le livre d’Alan G. Jarret). En suivant quelques sillons sur le sable nous avons rencontré bon nombre de térèbres (T. maculata, T. felina,T. crenulata, T. affinis, H. alba), trois olives (deux Oliva caerulea et une Oliva panniculata (selon le livre d’Alan G. Jarret), de couleur verte ainsi que quelques cônes fouisseurs (Conus arenatus et Conus tessulatus). Nicole aura la chance de dénicher un joli Conus maldivus dont seule une partie de la spire sortait du sable. Décidemment c’est une espèce qu’elle a dans l’oeil !


Conus maldivus

Le temps du départ approche et un évènement tant redouté par tout voyageur se produit... Suite à un retard de notre avion de liaison inter îles (Air Seychelles), nous ratons le vol de retour ! A 10 minutes près. Je vous laisse imaginer les complications qui suivent ce genre de chose à 21h00... abandonnés de tous. Quand on voyage avec des enfants, ça donne une bonne dose de stress. La première nuit sera passée dans un GuestHouse (Chez Marl) à dix minutes de l’aéroport, un accueil très chaleureux malgré l’arrivée en fanfare. On aura la joie d’avoir une fuite d’eau majeure à 5h00 du matin, une chance que nous ne dormions pas ! Le lendemain nous quittons la pension, car tous les bungalows sont loués, pour un hôtel à Pointe au Sel (Le Crown Beach) en bord de lagon.



En allant sur Victoria pour régulariser notre situation, j’en profite pour rendre visite à Antoine Manes qui tient un petit curios en ville et qui a 52 ans de collecte aux Seychelles derrière lui. Comme toujours il exagère un peu sur la provenance de certains de ses spécimens à la vente, mais nous prenons dix minutes pour discuter collecte de cônes locaux. Je lui achète trois cônes qu’il a récoltés morts il y a fort longtemps : un Conus auricomus à la couleur passée, un Conus ammiralis croqué et un Conus bullatus f. pongo “fresh dead”. Antoine a récolté de nombreux spécimens morts de Conus bullatus lorsqu’il utilisait sa drague dans la zone des 60-70m. Il lui en reste une dizaine dans son tiroir, plus ou moins frais. Lorsqu’il vous propose des spécimens un peu exotiques provenant de l’île d’Aldabra, passez votre tour.

Le jour du départ, nous avons bien sûr ressorti nos masques pour visiter la partie de cet immense lagon qui se trouve en face de l’hôtel. C’est peu profond avec une alternance d’étendues sableuses et d’herbiers jusqu’au récif. Autant des milliers de valves jonchent le fond, autant nous ne croiserons que très peu de porcelaines et de cônes. Nicole récoltera deux spécimens «fresh dead» de la petite espèce d’olive : Ancilla sarda (selon le livre d’Alan G. Jarret), un de couleur orange vif et un de couleur jaune. Suite à cette découverte impromptue, j’ai essayé de dénicher des spécimens vivants dans le sable mais rien n’y a fait, je ne suis vraiment pas bon pour trouver les olives !



CONCLUSION

Dix huit jours passés aux Seychelles dont plus de la moitié sous la pluie, mais de nombreux et bons souvenirs partagés en famille. J’espérais trouver les deux espèces d’olives de grande taille Oliva miniacea et Oliva ponderosa mais les conditions météo n’étaient pas propice à l’utilisation de la technique de Serge. Nous avons tout de même croisé la route de Conus omaria, Conus maldivus, Conus striatellus et de Conus gubernator, mission accomplie. Si vous avez la chance de voyager vers les Seychelles, et que vous croisez des espèces rares, n’hésitez pas à prendre contact avec moi par l’intermédiaire de mon site (www.seashell_ collector.com). Je suis à la recherche de toute information sur cet archipel, notamment sur les espèces que je n’ai pas encore rencontrées, afin de mettre à jour mes iconographies. Sur mon site vous trouverez d’autres articles sur les Seychelles.

Bibiographie

MARINE SHELLS OF THE SEYCHELLES, Alan G. Jarret, 2000 Carole Green Publishing
(1) L’article de Serge Rolland publié dans ce magazine : “Tout savoir sur les D.C.O.”