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A.
Habitat, Rareté et répartition
Taille
moyennes locales : 35 mm à 50
mm
Conus
regius, espèce de la zone caraïbe, est classée
parmi les espèces communes à peu communes suivant
les localités. Malgré cette fréquence, il n'est
pas toujours facile de la récolter si l'on ne connait pas
parfaitement son habitat.
C.
regius vit habituellement à des profondeurs comprises
entre 0.5 et 30 mètres. Il peut s'enfouir complètement
dans le sable, à l'abri ou non d'une roche ou d'un morceau
de corail mort; mais en général il préfère
se cacher, faiblement ensablé, à la base des gros
rochers dans les zones d'ombres générées par
ces derniers. C'est une espèce que l'on peut rencontrer en
train de chasser de jour comme de nuit.
Même
si j'ai pu trouver quelques spécimens morts (très
abîmés et de petite taille) du côté Atlantique,
il semble
que C. regius préfère le calme de la côte
caraïbe. Le long de cette dernière il est représenté
de l'extrême Nord à l'extrême Sud de l'île.
On trouve des populations de C. regius "citrinus"
également du Nord au Sud, mélangées ou non
aux C. regius "classiques".
B.
Habitudes alimentaires
Conus
regius se nourrit principalement
de vers marins comme le très commun Hermodice carunculata
(actif le jour également) appelé localement "vers
de feu" dont les soies sont extrêmement urticantes pour
nous autres Homo sapiens...
Bien
que C. regius ait besoin de tuer sa proie (comme tous les
cônes en général), il peut aussi dévorer
un vers fraîchement harponné par un congénère.
J'ai même pu observer dans mon aquarium, deux spécimens
se partager le même vers (cf. photo). Par contre il ne semble
absolument pas intéressé par les vers morts. On peut
donc en conclure que C. regius ne se nourrit que de vers
marins vivants.

C.
regius possède sûrement
des récepteurs dans son siphon très spécialisés
et très sensibles. En effet, dans mon aquarium, les C.
regius au repos restent posés sur le fond de l'aquarium,
le siphon à peine visible.
Dès lors que j'introduis délicatement des vers en
surface, le siphon se dresse et donne la sensation que le cône
"hume" l'eau environnante. Ensuite le cône se redresse
sur son pied et commence à avancer lentement. Lorsqu'une
proie s'aventure près du cône, il tend son long proboscis
et harponne sa proie. Bien que l'on ne puisse pas voir le harpon
lui-même, on le devine car le proboscis s'allonge, puis se
tend et on aperçoit alors la zone d'impact car la partie
du vers atteinte forme une sorte de dépression instantanée
comme si le cône se tordait "de douleur" (sûrement
un réflexe médullaire). C'est assez impressionnant.
Le vers semble ralentir sa course et finit paralysé non loin
du lieu de l'attaque. Parfois, la dose de venin ne semble pas suffisante
et le cône lance alors une deuxième attaque.
Lorsqu'un vers passe devant plusieurs cônes, il peut arriver
qu'il reçoive plusieurs attaques émanant de cônes
différents et les impacts sont une fois de plus facilement
visibles par les multiples torsions du vers.

Le
cône dévore sa proie par une des extrémités,
dans le sens de la longueur uniquement. Cela peut prendre jusqu'à
12h à un C. regius pour engloutir un vers assez long.
Le proboscis est très dilaté tout au long de la digestion
et il arrive que le cône semble se satisfaire de la quantité
ingérée et abandonne ainsi une partie de sa proie.
Ce reliquat
ne sera jamais touché par un autre cône comme expliqué
plus haut.

Je
n'ai jamais observé un cône en attaquer un autre. Par
contre, lors d'une "partie de chasse collective", après
une introduction massive de vers marins dans mon aquarium, un gros
spécimen de C. regius a étendu son proboscis
en direction de son voisin qui "semblait inquiété"
par un tel manège, son proboscis, ses antennes et ses yeux
fixaient
le proboscis avec "insistance" (cf. photo) et ce pendant
de longues secondes...

C. Variations rencontrées
à la Martinique
D'après
les informations que j'ai pu rassembler auprès de nombreux
collectionneurs, et grace à mes différents voyages
dans la zone caraïbe, il semble que ce soit à la Martinique
que l'on rencontre le plus de variations chez cette espèce.
Je
pense que l'on peut distinguer cinq principales variations :
-
la variation classique brune &
blanche
- la variation foncée (rattachée à la forme
classique)
- la variation claire (rattachée à la forme classique)
- la variation jaune appelée "citrinus"
- la variation orange-marron (rattachée à la var.
"citrinus")
Bien
évidemment, on trouve tous les intermédiaires possibles
entre ces cinq groupes et parfois on obtient des dessins et des
coloris magnifiques et originaux.
Liste
des principales couleurs pouvant être présentes sur
le test :
Blanc / Noir / Marron / Bleu / Violet / Rose
/ Jaune / Orange
C.1
Une seule espèce à la Martinique confirmée
Bien
que les coquilles aient des aspects très différents,
l'animal quant à lui, reste identique. Il est de couleur
rouge piqueté de blanc et ce uniformément. Seul le
proboscis est rouge pur sans tâches blanches. Ceci permet
déjà de penser que nous sommes en présence
d'une seule espèce.
Pour
confirmer ce que la majorité des malacologues pensaient,
j'ai envoyé au chercheur Tom Dudda (qui travaillait alors
au Panama, actuellement il travaille avec le Dr. Khon sur le deuxième
tome du "Living Conidae") plusieurs échantillons
représentant les différentes variations rencontrées
à la Martinique (en plus d'autres espèces telle que
Conus boui Da motta, 1988 variation rouge et variation jaune).
Ses
travaux basés sur une analyse poussée de l'ADN des
spécimens lui avaient permis de conclure qu'il n'y avait
pas de séparation entre C. regius et C. regius
"citrinus" ou toute autre variation locale. Un
éclaircissement bien salutaire pour nous...
Mais
selon Tom Dudda il semblerait qu'il y ait des populations génétiquement
différentes d'une zone à l'autre de la caraïbe.
C.2
Explication possible de cette énorme variation de couleur
Mais
alors comment cette espèce peut-elle varier autant ? Je vous
propose ici une explication personnelle mais que je n'ai pu vérifier.
Comme
expliqué plus haut, Conus regius se nourrit essentiellement
du vers marin Hermodice carunculata. Hors cette espèce
de vers marin peut à la Martinique revêtir trois couleurs
très différentes, on rencontre ainsi des spécimens
de couleur verte, orange ou marron (il n'y a jamais de mélange
de couleurs sur un même individu). Hors, souvent on rencontre
ces différentes variations regroupées, même
si elles sont parfois mélangées. Ainsi j'ai pu observer
des zones à vers oranges et ainsi de suite. C'est un peu
le même constat chez C. regius. Il y a clairement des
zones à C. regius "citrinus" et d'autres
qui possèdent les deux variations.

Cette
théorie m'est venue à l'esprit après mon passage
à la Martinique et je n'ai donc pas pu vérifier in
situ la corrélation entre les variations de couleur des vers
et les variations de couleur de C. regius, ni pu étudier
le phénomène en aquarium.
Il
serait bon, sur une période d'une ou plusieurs années,
de mettre des spécimens de C. regius "citrinus"
par exemple, en contact avec uniquement des vers des trois couleurs
dans trois aquariums séparés et d'étudier un
éventuelle variation dans la couleur et les motifs du test
au cours du temps. On pourrait alors se baser sur le fait que les
pigments synthétisés par les vers de feu ne sont pas
éliminés, ni détruits par C. regius
lors de la digestion, et sont alors
concentrés dans la coquille uniquement (l'animal ne varie
jamais).
Si
l'on accepte ce fait, il faudrait alors vérifier la couleur
des vers qui correspond à la couleur du test de C. regius.
Il ne faut pas associer sans étude, la couleur jaune-orangée
propre à C. regius "citrinus" aux vers de
couleur orange et marrons car les pigments issus des vers pourraient
être transformés lors de la digestion et ainsi changer
de couleur lors de leur fixation chez le cône.
C.3
Les différentes variations
C.3.a La variation classique et celles qui
lui sont rattachées
C'est
la plus commune de toutes. Les couleurs dominantes sont le blanc,
le marron ou le noir. On trouve en moyenne 50% de chacun des coloris,
le blanc peut atteindre 75% du test et les plages sombres sont alors
beaucoup moins importante.

Lorsque
le blanc dépasse 75% de la totalité de la surface
du test, on se retrouve alors avec la variation la plus rare :

Lorsque
le blanc descend au-dessous de 25%, on a alors la très belle
variation foncée :

Parfois
certains spécimens atypiques, peuvent porter des coloris
en plus du blanc et du marron-noir. On a ainsi des spécimens
remarquablement beaux avec des mélanges étonnants.
D'autres peuvent devenir roses.
C'est là que les variations de motifs et de couleurs sont
les plus variables.


On
peut tout de même noter que la couleur rose et la couleur
violette, sont souvent dominantes chez les specimens juvéniles
et sub-adultes. Ces deux couleurs s'estompent rapidement malheureusement
pour ne laisser qu'une teinte rosée discrète.
C.3.b La variation jaune dite "citrinus"
et celles qui lui sont rattachées
On
retrouve ici aussi un mélange complexe de variations. On
a la forme typique jaune clair unie sans motifs qui, parfois peut
avoir des traces blanches ou marron sous forme de lacunes ou plus
fréquemment de lignes sombres . Parfois des taches sombres
persistent.



On
peut déjà rattacher à cette forme claire, deux
autres variations plus rares :
la belle et rare variation orangeet la variation marron-orangée
très originale qui semble être endémique d'une
zone très restreinte de l'île.


On
peut ensuite lui rattacher les spécimens dont la couleur
n'est pas unie. On se trouve alors avec des tests possédant
plusieurs couleurs comme le jaune, l'orange et le rose le tout donnant
un aspect jaunâtre général.

En
dernier on peut remarquer des "bâtards" qui sont
mi-regius "citrinus" et mi-regius
"classique" et forment le lien entre les deux grands groupes.

C.3.c Les inclassables
Parfois,
on peut rencontrer une forme très rare, sûrement une
des plus belles à mon goût, que je ne peut classer
dans l'une ou l'autre des catégories. La spire est faiblement
couronnée, le test est légèrement granuleux
et la couleur
est presque indéfinissable. On peut distinguer un mélange
subtil entre le violet, le bleu, l'orange et le jaune. Ce sont des
spécimens que l'on ne trouve qu'à un seul endroit
de la Martinique à ma connaissance parmi la colonie de C.
regius "citrinus" de couleur marron-orangé
citée plus haut.

D.
Conclusion
J'espère
que ce petit tour d'horizon, vous aura permis d'apprécier
cette espèce à sa juste valeur et surtout d'avoir
une bonne vision d'ensemble de ses variations. Mais comme toujours,
il est fort possible que d'autres variations puissent exister à
la Martinqiue comme dans d'autres parties de la zone caraïbe.
E.
Remerciements
Je
tiens ici à remercier les collectionneurs de la Martinique
pour leur accueil chaleureux durant mes 18 mois de séjour
sur cette île merveilleuse et plus particulièrement
à M. Léo Louis, M. Pierre Clovel et M. Mickaël
Tosato.
Merci également à M. Serge Rolland de Nouvelle-Calédonie
pour ses corrections orthographiques et grammaticales.
F.
Ouverture du Musée du Coquillage à la Martinique
J'en
profite également pour vous rappeler (ou vous apprendre)
qu'il existe dorénavant un vrai Musée du coquillage
à la Martinique ouvert assez récemment par le jeune
et sympathique Mickaël Tosato. Il présente au sein de
l'hôtel familial l'Ecrin Bleu les familles représentées
à la Martinique mais aussi du monde entier. Si vous passez
par
l'île aux fleurs, n'hésitez pas à lui rendre
visite. L'hôtel se situe en hauteur dans la baie du Diamant.
Demander Mickaël.
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